Akzo, entraînée dans une controverse sur des montagnes de sel nocives

18/07/15

L’entreprise chimique dit qu’elle contribue à résoudre le problème. Les écologistes en doutent

par Hans Verbraeken, Amsterdam
20 de juin de 2015

Couvent de Sant Benet de Bages et village de Navarcles, Catalogne

Couvent de Sant Benet de Bages et village de Navarcles, Catalogne

Près des villes de Súria et de Sallent, à 80 km au nord-ouest de Barcelone, il y a plusieurs montagnes de sel de quelques centaines de mètres de hauteur. Elles se trouvent au centre d’une querelle entre des mouvements environnementaux et un grand groupe minier. AkzoNobel comme négociant du sel dit faire partie de la solution.
Le sel est un résidu de la mine de potasse. La production d’une tonne de potasse génère deux à trois tonnes de résidu salin. L’exploitant des mines est le groupe minier espagnol Iberpotash, filiale de l’israélienne ICL (Israel Chemical Limited).

En avril de cette année, Iberpotash a commencé une coopération avec le groupe néerlandais chimique et de peintures AkzoNobel pour transformer une partie du résidu catalan. Dans deux fabriques, avec une capacité de 750.000 tonnes annuelles chacune, les groupes transformeront ensemble une partie du sel résiduel en sel gemme de grande qualité pour des processus chimiques (électrolyse) et en sel spécial pour l’alimentation et le traitement des eaux, entre d’autres applications. Il y aura deux entreprises communes, l’une pour la production et l’autre pour l’emballage et la vente. La coopération est prévue pour trente ans.

Entretemps, les montagnes de sel à Sallent et à Súria constituent, selon le mouvement écologiste, un grand problème. Les terrils de sel salinisent le sol et les rivières, comme le Llobregat, la source d’eau potable de la zone métropolitaine de Barcelone, avec près de 3,2 millions d’habitants. Les premiers terrils se remontent aux années cinquante, mais depuis 1998, lorsqu’Iberpotash a acheté les mines, ils ont beaucoup augmenté. On reproche aussi à l’entreprise d’opérer avec des autorisations que n’auraient pas dû être octroyées.

Le fait que les autorisations sont controversées ressort d’un bon nombre d’arrêts et de procédures judiciaires contre Iberpotash. ICL nie les accusations.

Au demeurant, la pollution est si grave que la Commission Européenne a initié en juillet de l’année dernière une procédure d’infraction contre l’Espagn. Bruxelles vise l’ensemble de l’activité minière de potasse d’Iberpotash en Catalogne.

Terril d'« El Cogulló » à Sallent, Catalogne

Terril d’« El Cogulló » à Sallent, Catalogne

ICL a décidé en 2011 d’agrandir l’exploitation de potasse à Súria. Ceci a été permis, mais seulement à condition que le flux additionnel de résidu salin ne finisse pas dans les terrils existants. Immédiatement, Iberpotash a commencé la construction d’une fabrique de sel et après quelques années elle a fini, l’année dernière, avec AkzoNobel.

Mais désormais la coopération soulève des questions. En effet, même si AzkoNobel affirme qu’elle transformera tout le sel résultant de l’agrandissement de la mine potassique, les terrils existants continueront d’augmenter. Celui de Súria, El Fusteret, de 90.000 tonnes annuelles ; et celui de Sallent, El Cogulló, de plus d’un million de tonnes annuelles.

Le directeur d’affaires du sel d’AkzoNobel, Nils Van Der Plas: « ICL est obligée à investir dans la production de sel. Nous apportons les connaissances pour le faire d’une façon responsable. Le résidu aura une valeur ajoutée. Nous pouvons contribuer à ce que les terrils, malgré l’agrandissement, ne continuent pas à augmenter. De cette façon, le problème deviendra contrôlable. »

Selon divers mouvements écologistes locaux AkzoNobel contribue justement au problème. Le groupe profite de l’énorme pollution environnementale. Akzo obtient le sel à un prix attrayant parce qu’Iberpotash investit peu de frais pour prévenir la pollution environnementale. Et cela s’agissant d’un groupe qui dit avoir en haute considération la durabilité et emphatise avec aplomb ses « sustainability strategic targets ».

Van Der Plas reconnaît le problème environnemental à ce jour. « Ce n’est pas beau. Peut-être qu’il est clair qu’ICL n’est pas encore à la hauteur. Mais la solution est plus près. Si on ne le fait pas, les terrils se réduiront-ils ?

Van Der Plas reconnaît aussi que « la fabrique de sel est subventionnée par l’exploitation de potasse. Sinon, elle ne serait jamais viable. » Sans aucun doute à cause des importants frais de transport.

Quant à la validité des autorisations et à comment elles ont été octroyées, il veut être pratique. Il dit connaître la « procédure d’autorisation non précisément claire, dans laquelle toute sorte d’intérêts ont eu de l’influence ». AzkoNobel a demandé un rapport de due-diligence à Ernst &Young. « Les autorisations requises pour augmenter la production de sel sont en règle. Nous nous tenons aux faits et regardons vers l’avant. »

Les autorisations d’Iberpotash font l’objet de longues procédures judiciaires. Ainsi, la Cour d’appel de la Catalogne (TSJC) a constaté en octobre 2013 qu’Iberpotash ne disposait finalement pas d’autorisation valable pour Sallent. Cette sentence se trouve devant la Cour suprême de l’Espagne, à laquelle la Catalogne et Iberpotash ont fait appel. Mais la Cour suprême a elle-même annulé en partie l’autorisation environnementale d’Iberpotash à Sallent en mars 2014, dans une affaire qui a commencé en 2008. La Cour constate l’inexistence d’un « plan de restauration » pour les résidus. Voilà donc l’autorisation de Sallent annulée, en attendant que la Catalogne réagisse.

Il découle des pièces du dossier que des administrations catalanes ont décrit, en interne, la pollution due à Iberpotash. C’est le cas de l’Agence catalane de l’eau (ACA) et la Direction générale de la qualité environnementale (DGQA). Or, les autorisations ont été accordées malgré ces rapports internes non favorables.

On a présenté une plainte pénale contre les directeurs de l’ACA et de la DGQA, contre Iberpotash et contre deux de ses hauts cadres. Un juge d’instruction a considéré la querelle fondée et, le 3 juin, il a mis en examen les personnes en cause pour prévarication. Leur audience sera le 29 septembre. En décembre 2014, un juge du pénal à Manresa, le chef-lieu du département, a même condamné trois cadres d’Iberpotash à deux ans d’emprisonnement.

Terril d'« El Cogulló » à Sallent, Catalogne

Terril d’« El Cogulló » à Sallent, Catalogne

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